Ma chère lectrice, mon cher lecteur,
Le risque énergétique le plus immédiat en Europe : c’est le gaz.
Il ne s’agit pas du kérosène, ni du diesel. Ce ne sont pas les produits dérivés du pétrole, plastiques et autre chimie lourde, pas encore les engrais. Le prochain goulet, c’est le gaz.
Les stocks sont anormalement bas
Les stocks de gaz sont au plus bas à la fin d’un hiver froid en Europe. Nous sommes tombés à 20 % de nos capacités de stockage contre 30 % à cette période normalement.
Légalement, l’Union Européenne impose que ces stocks soient remplis à 90 % d’ici le 1er novembre.
C’est le cycle habituel du gaz : Nous remplissons les réserves en été et les vidons en hiver…
Avant même de prendre en compte le blocage d’Ormuz, nous avons déjà une grosse saison de remplissage des stocks de gaz cet été.
Le Qatar devait prendre la place de la Russie… Qui ne reviendra pas
Cet été devait aussi être celui du pivot vers le Qatar. Je vous rappelle qu’à l’heure actuelle nous dépendons toujours de la Russie pour nos importations de gaz à hauteur de 20 % contre 45 % en 2022 et nous sommes censés passer à 0 au premier janvier… Ça c’est la tuile.
Le Qatar devait prendre une partie substantielle de la place de la Russie pour nos importations. Cela ne sera pas le cas.
Il se posent 2 problèmes en revanche : Non seulement la Russie pourrait-elle freiner d’elle-même ses exportations vers l’Europe pour faire monter les prix, mais quand bien même nous voulions faire machine arrière, Vladimir Poutine a déjà pivoté vers la Chine et les contrats qu’il signe avec Pékin sont exclusifs selon les analyses de Jacques Sapir.
La bombe à retardement de notre dépendance au gaz naturel
Autre problème : La demande asiatique, bien plus dépendante au gaz qatari, a explosé et nous avons vu de nombreux méthaniers reroutés de l’Europe vers l’Asie.
Notre exposition modeste au gaz qatari s’est transformée en bombe à retardement massive à cause du pivot russe et du reroutage de méthaniers vers l’Asie.
Il serait donc sage de tenter de sécuriser le plus de gaz possible le plus tôt possible.
Même la Norvège nous coupe l’herbe sous le pied
Cela partait bien avec la Norvège, notre premier fournisseur de gaz qui couvre 30 % des besoins de l’UE. Après une baisse de production de 2 % en 2025, la Norvège doit augmenter à nouveau sa production de gaz en 2026, mais depuis quelques semaines, le planning de maintenance prévues et imprévues se charge et les injections de gaz norvégien dans nos réservoirs ralentissent. Ces maintenances actuelles sont-elles le fruit du hasard ou alors l’anticipation d’un coup de chaud à venir sur les prix ?
L’agence de coopération énergétique (ACER) a DÉJÀ recommandé de baisser les niveaux de remplissage réglementaires à 80 % cette année.
ILS SAVENT TRÈS BIEN QUE NOUS ALLONS AU-DEVANT D’UNE GRAVE CRISE GAZIÈRE
Ils savent très bien que la crise du gaz est devant nous et ils le savent d’autant mieux que nous en avons eu un aperçu en 2022 lorsque les prix du gaz ont été multipliés par 10 à l’été.
La raison est simple. Le gaz est l’énergie de dernier recours pour produire notre électricité en Europe. Nous devons en permanence équilibrer l’offre et la demande d’électricité qui ne se stocke pas.
Nous disposons de 4 sources d’énergies principales pour produire notre électricité en Europe : D’abord le nucléaire avec 23% (merci EDF), puis l’éolien avec 19%, le gaz à 17% et enfin l’hydroélectricité de nos barrages pour 14% environ. Le reste est constitué de solaire, charbon et biomasse (bois etc.).
Le talon d’Achille de notre mix est l’éolien qui est une source massive, non pilotable et intermittente.
Quand il n’y a pas de vent, nous sommes le bec dans l’eau. Il faut alors compenser avec d’autres sources. Si les barrages tournent à plein en ce moment, les débits baissent en été et n’oubliez pas que les barrages de montagne à réservoir et donc pilotables ne représentent que la moitié de notre hydroélectricité, l’autre moitié se fait « au fil de l’eau ».
Notre nucléaire quant à lui tourne à plein régime avec la difficulté déjà explosive de devoir s’adapter aux variations des éoliennes et panneaux solaires qui ont priorité sur le réseau.
C’est donc au gaz qu’il revient d’assurer l’équilibre du réseau en dernier recours, ce gaz dont l’approvisionnement est compromis avec la guerre en Iran.
Le scénario noir de 2022 à l’horizon
Comme en 2022, le gaz est la variable d’ajustement pour équilibrer coûte que coûte le réseau électrique.
Les gestionnaires de réseaux sont capables de payer l’électricité une fortune quand elle manque pour éviter la catastrophe d’un effondrement du réseau. Quand le dernier mégawatt manque à l’appel, c’est le réseau tout entier qui risque de s’effondrer et plonger une région toute entière dans le noir.
Et face à cette fragilité, comme en 2022, Poutine a de nouveau le doigt sur la gâchette. Nous dépendons toujours de Moscou pour notre gaz à hauteur de 20 %, encore en 2026 et nous sommes à nouveau démunis comme en 2022.
La situation s’est empirée depuis 2022
Côté production, nous avons certes « regagné » 100 TWH d’électricité nucléaire en France. En 2022, le facteur de charge de nos centrales nucléaires avait chuté de 75 % à 55 % à cause des problèmes de corrosion sous contrainte. Mais nous avons perdu 180 TWH d’électricité au charbon… Donc le solde d’énergie pilotable est négatif de 80 TWH. Cela AJOUTE au problème par rapport à 2022.
La part des énergies intermittentes, solaire et éolienne, est passée de 38 % à 49 %. L’augmentation de notre production électrique non-pilotable AJOUTE au problème à cause de son intermittence.
Côté consommation, elle devrait être similaire. Elle était en baisse jusqu’en 2023, mais les besoins de l’IA et l’électrification de nos usages ont renversé la tendance à la hausse de manière NON ANTICIPÉE… Cela a encore ajouté au problème.
BONUS : La réforme du marché de l’électricité a été faite à la shadok (pour être poli). Le problème du gaz européen réside dans la fixation du prix de marché spot, c’est-à-dire en livraison immédiate. C’est le fameux indice TTF qui s’était envolé en 2022.
Le désastre de la réforme du marché européen de l’énergie
Plutôt que de chercher à sécuriser des approvisionnements à long terme à prix fixes ou en tout cas contrôlés, Bruxelles a fait… L’inverse.
Ils ont décidé de tout mettre sur le TTF en se disant que cela aurait un effet stabilisateur.
Faut-il être c** et corrompu à la fois pour accoucher d’une telle bêtise — je vous rappelle par exemple que le milliardaire Daniel Kretinsky a fait sa fortune sur le charbon qu’il a ensuite « recyclé » dans les médias pour assurer son petit lobbying.
En déclarant diluer le risque, ils l’ont en fait propagé !
C’est ainsi que depuis le 1er janvier de cette année, toute la production nucléaire d’EDF doit passer par le marché et le prix spot du TTF. Si vous pensiez qu’en France nous étions mieux armés face à la crise énergétique grâce à nos centrales, c’est FAUX, les Allemands ont mis la main dessus.
Encore cela pourrait-il être une bonne nouvelle à long terme et nous pourrions imaginer qu’EDF finance la prochaine génération de centrales grâce aux prix de marché… Ce serait trop facile. La même réforme introduit des contrats pour différence. Si EDF fait trop de profit, l’État les récupère et peut les utiliser pour financer ses folies éoliennes et… ajouter encore au problème de long terme.
Ce qui s’est passé avec la réforme du marché de l’énergie après la débâcle de 2022… Ce n’est pas qu’ils ont réglé le problème, à l’inverse ils l’ont amplifié et propagé sans oublier de s’assurer d’en capter la manne. Ces gens sont des criminels.
Le mur énergétique est là et plutôt que de tout faire pour l’éviter, ils trouvent des raisons de s’en réjouir !
Je suis sûr que la hausse actuelle des ventes de voitures électriques suffit à justifier la crise à leurs yeux alors que c’est reculer pour mieux sauter.
Voilà nos shadoks qui trouvent encore à nous taxer et arrivent à cumuler le pire de deux mondes, la captation socialiste sur les aléas d’un prix libre.
C’est pour cela que je vous bassine avec le gaz bien plus que le pétrole depuis plus d’un mois.
N’investissez pas sur le pétrole mais sur le gaz européen
Oui le pétrole est repassé au-dessus des 110$ et sans doute sommes-nous sur les rails pour aller taquiner les 150 et davantage (soit plus de 35% de gain potentiel) mais pendant ce temps, les perspectives de gains sur le gaz européen sont d’un facteur x10 !
C’est maintenant qu’il faut nous positionner. Au moment de refermer cette lettre, je vois que l’Agence Internationale de l’Énergie tire la sonnette d’alarme sur le gaz avec un nouveau rapport sur les perturbations des marchés internationaux du gaz naturel et le retard dans l’approvisionnement de Gaz Naturel Liquéfié. Ce sera le sujet de ma prochaine lettre, mais cela montre bien que l’avance que nous avons sur ce sujet risque de bientôt se refermer.
Ma recommandation sur le gaz naturel européen a un potentiel de gain explosif d’ici la fin de l’été ou au plus tard la fin de l’hiver prochain. C’est la recommandation principale de la dernière édition de la Conférence des Investisseurs. Si vous ne l’avez pas déjà, ce sont à mon avis les 67 € les mieux dépensés en ce moment. Je sais que ce n’est pas très modeste, mais ce n’est pas si souvent que nous avons de telles opportunités qui se présentent à nous.
Je vous rappelle également qu’avec la Conférence des Investisseurs, vous bénéficiez non seulement de la meilleure recommandation de la période, mais également de l’accompagnement dans le temps pour la dérouler de manière optimale avec des rendez-vous mensuels et quasiment hebdomadaires, même avec la guerre.
À votre bonne fortune,
Guy de La Fortelle

